13 octobre 2026

 

1940, La Royale bombarde Gênes

 

 par Jean FÉRAUD


       Le 10 juin 1940 à minuit, Mussolini déclare la guerre à la France. Depuis plusieurs jours, il a compris que la défaite pour l'armée française est inexorable. Il lui faut donc s'engager rapidement afin d'arriver à Marseille, Toulon et Nice avant la Wehrmacht, pour avoir le droit de s'assoir à la table des négociations avec son ami Hitler et récupérer quelques avantages pour l'Italie. Comme le commente Roosevelt, c'est le « coup de poignard dans le dos ». Mais les Alliés s'y était préparés.

       Tandis que l'Armée des Alpes fait sauter les ponts et rappelle ses réservistes dans la Ligne Maginot de Modane à Menton, Churchill envoie le 11 juin, sur un aérodrome militaire préparé à Salon de Provence, une escadrille de bombardiers Vickers-Wellington, avec mission de bombarder immédiatement les ports et les installations industrielles de Ligurie. Ce sera l'opération Haddock. Mais à Salon, les autorités militaires locales empêchent à la dernière minute les bombardiers de décoller : le motif est la crainte des représailles et notamment d'un bombardement italien des installations pétrolières de l'Etang de Berre. Les élus locaux et la population française croient aussi, encore, que l'allié et bon voisin d'hier n'a pas pu effectuer un tel virage agressif et qu'il ne faut pas alimenter sa colère. Churchill met un terme à cette dérisoire pantomime en envoyant d'autres bombardiers depuis Jersey et Guernesey, dans la nuit du 14 au 15 juin, bombarder Gènes directement. Ils remettent ça la nuit suivante sur Milan.

        De son côté, l'Amiral Darlan a vu rouge lui aussi, et il ordonne à l'Amiral Duplat d'aller canonner Gènes, Vado Ligure et Savone, où des cuirassés italiens sont en construction dans les chantiers navals. Ce sera l'opération Vado, le 14 juin.


        Comme en 1684 lors de l'attaque dirigée par Louis XIV (cf la conférence du 30 septembre 2025) la Royale réunit une escadre considérable, cette fois de croiseurs lourds et de torpilleurs (les cuirassés étant mobilisés en Atlantique pour la chasse aux cuirassés de poche allemands qui sont sortis de leurs ports). Dans cette flotte se trouve notamment un jeune officier canonnier qui deviendra un explorateur célèbre, Jacques-Yves Cousteau…

       La résistance italienne contre cette armada quasi imperturbable est dérisoire, car les grands navires de la Regia Marina ne sont pas là, partis assurer la protection des convois de ravitaillement logistique pour la Lybie. Les batteries côtières réussissent néanmoins à endommager sérieusement un torpilleur (l'Albatros, où 11 marins sont tués). Mais il faut surtout rendre hommage à l'équipage courageux d'un tout petit torpilleur, le Calatafimi, commandé par Giuseppe Brignole. Les vedettes lance-torpilles rapides du corps spécial lancé en 1918 par Rafaele D'Annunzio, les MAS (Motoscafo Armato Silurante) font également des prouesses, sortant du port de Gênes et se lançant au-devant des mastodontes français sans peur du danger. Les canons des trains blindés italiens tirant depuis la côte seront peu efficaces.

        Toute cette gesticulation française n'eut pas beaucoup de résultats militaires, sauf un immense succès psychologique. Le Duce subit là un premier et immense affront. Il y eut peu de victimes civiles ou militaires, même si toujours trop.


        La conférence retrace avec de très nombreuses photos (d'archives en noir et blanc et actuelles en couleurs) les péripéties de cet épisode assez peu connu de la Deuxième Guerre Mondiale.


 

 

      Jean FÉRAUD, géologue niçois retraité a déjà prononcé cinq conférences pour l'ACORFI (en cliquant, ci-dessous, sur les dates de ces interventions, vous pouvez accéder à leur compte rendu et au diaporama sonorisé) :

  • La ligne Maginot des Alpes (28/11/2017)

  • avec Jean PIRAUD, Les tunnels transalpins, de la route du sel au TGV (11/12/2018)

  • La Vallée des Merveilles, Tende et la Brigue (haute Roya) (17/10/2023)

  • Deux ingénieurs des mines sardes en Savoie (1/10/2024)

  • 1684, La Royale bombarde Gênes (30/09/2025)

 

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